Pourquoi donc cette pudeur qui nous envahit soudain au cours de notre passage à l'âge soi-disant presque adulte, l'adolescence? Les émotions sont-elles seulement réservées à l'enfance?
On grandit dans l'amour de ses parents, on sait dire «maman je t'aime!», on fait des jolis dessins, des petits, et puis voilà que nous entrons dans le tunnel de l'adolescence, que nous y laissons cette fraîche spontanéité, ce regard attendri, cette amour qu'on ose déclarer à ces êtres si chers sans qui nous ne serions.
L'homme est dur, insensible, il ne pleure plus, il est un homme!
Etrange éducation, étrange blindage qui fait de notre société une société inhumaine. A oublier de dire ses sentiments, à jouer les durs, certaines blessures ne se referment jamais, certains caps de notre vie d'adulte handicapé dans ses sentiments ne se franchiront jamais ou alors, dans la douleur.
Devons-nous attendre le temps des regrets et des souvenirs?
Devons-nous attendre nos dernières heures pour se poser, voir défiler sa vie et dire «j'aime mes parents»?
Pourquoi garder en nous ce trésor immense, cet amour déclaré qui fait en fait le plus beau des cadeaux?
Maman je t'aime, avec toute la tendresse de mon regard d'enfant, l'enfant que je serai toujours à tes yeux, cet enfant, ce fils, ton petit, comme tu dis. Savoir pourquoi je t'aime relève bien plus que du challenge. Je t'aime pour plein de raisons bien sûr!
Tu m'as porté, mis au monde, élever, éduquer, aider, aimer, et même si parfois enfant on ne comprend pas tout, je sais aujourd'hui pourquoi, je mesure aujourd'hui comment, à quel prix, quels sacrifices ont été consentis, quels pincements au c½ur tu as eu parfois.
Je comprends mieux aussi certaines rigueurs bien dures à avaler en ce temps là mais qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Je te sais encore aujourd'hui proche de moi, inquiète souvent, mais heureuse.
Attendri par des mots, des passions, des amours à peine évoqués, toujours cette maudite pudeur qui nous enferme dans un trou noir sans sorti...
Maman je t'aime, avec toute la passion et la reconnaissance de mon regard d' ''adulte'', avec toute la compréhension que malheureusement seul l'âge peut apporter, avec toute l'infinie douceur qui ne rattrapera jamais celle dont tu as toujours fait preuve, avec de la buée plein les yeux lorsque je songe aux images du passé, aux bonheurs simples de la vie familiale, aux injustices perçues alors et finalement tellement justes.
Maman je t'aime, pour toi, mère fidèle d'enfants infidèles, mère tendre dont on ne s'aperçoit pas qu'on la blesse, mère courageuse, mère solide dans la vie de tous, sachant être présente sans être envahissante, sachant attendre le retour au bercail, sachant deviner bien des chagrins sans que nous en parlions, sachant motiver sa petite troupe, sachant enfin être là lorsque la main se tend à peine, lorsque blessé par la vie et ses virages douloureux, après une étape de repli, on ouvre enfin les yeux et le c½ur.
Je t'aime Maman !